« La démocratie est plus intelligente que les marchés »

Le 12 septembre dernier, plus de 2 000 personnes étaient présentes au Trianon pour le grand meeting de rentrée de François Hollande à Paris. Entouré de son équipe de campagne, et notamment de Pierre Moscovici, Michel Sapin, Marisol Touraine, Stéphane Le Foll, Aurélie Filippetti, ainsi que du maire du XVIIIe, accueillant l’événement, Daniel Vaillant, le candidat à l’élection présidentielle est revenu sur la crise financière qui continue à toucher l’ensemble de la planète.

 
« Demain sera meilleur qu’aujourd’hui je vous en fais la promesse, c’est notre devoir d’hommes et de femmes de progrès, de républicains. C’est toujours ce qui nous a fait marcher, endurer, et ne jamais courber face à l’adversité. C’est vrai que nous affrontons une crise, sûrement la crise la plus grave depuis la guerre, une crise du capitalisme, une crise du libéralisme sans doute. Une crise de la finance, et elle ne disparaîtra hélas pas avec Nicolas Sarkozy. (…)
 
Une crise européenne parce que c’est ici en Europe que la tourmente est la plus grande. Une crise qui fait que la Grèce, il y a 18 mois, nous demandait du secours et qu’elle est encore aujourd’hui dans la même situation, après avoir supporté austérité sur austérité. La Grèce dont on ne sait pas encore si demain elle pourra éviter le défaut, la faillite ou la sortie de la zone euro. Et cela à cause, non pas de la Grèce, pas en tant que telle, même si ses dirigeants d’hier ont commis des fautes et manqué à tous leurs devoirs ; mais à cause de l’incapacité de l’Europe, de la zone euro, à trouver des solutions.
 
Le plan d’aide de la Grèce dont on nous a dit qu’il était le dernier et qui se révèle inappliqué au moment où je parle, n'a rien réglé, n'a rien apporté, n'a rien changé. Déjà le Portugal, l’Espagne, l’Italie menacent de plier. La crise, elle, est politique. Trop d’hésitations, trop de frilosités. Les Européens sont victimes d’eux-mêmes. Ils n’ont pas compris qu’ils n’ont pas le même rapport au temps que les marchés. Ce gouvernement économique que l’on attend, il n’est pas là quand les marchés eux-mêmes, chaque jour, arbitrent et frappent. Et le pire est désormais devenu possible : défaut de paiement de la Grèce, éclatement de la zone euro. Et en rejetant les euro obligations le 16 août dernier, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont envoyé le plus mauvais des signaux.
 
Les marchés, toujours eux, ont compris que la zone euro n’avait pas la capacité, la détermination de se défendre, alors ils attaquent. La bonne réponse c’est de permettre à l’Europe d’acheter une partie des dettes des états à travers les euro obligations. Nous l’avons dit il y a déjà plusieurs mois, Nicolas Sarkozy a cédé alors qu’il pouvait au moins défendre cette position, et voilà ! D’ores et déjà les banques françaises se découvrent vulnérables. Et elles sont attaquées, considérées comme sous-capitalisées, et notamment par la directrice du FMI, qui hier prétendait le contraire. Ce qui en dit long sur la lucidité des ministres. Et puis voilà que ces banques vont s’adresser à l’état qui n’en peut plus. Et donc, il y a ce risque qui plane sur nous que cette crise s'amplifie dans les prochains jours, alors que la solution – je ne dis pas qu’elle est en soi la seule – est de mettre davantage de fédéralisme budgétaire, davantage de coordination et de politique, davantage d’Europe, davantage de démocratie, davantage d’autorité pour que les marchés cèdent, parce que je l’ai dit, la démocratie est plus intelligente que les marchés. La politique est plus forte que les spéculateurs. Que les gouvernants représentent le peuple, et non pas seulement les mouvements de l’argent.
 
Cette crise est aussi une crise française. Nicolas Sarkozy en fin de mandat en porte une lourde responsabilité, il n’a servi les intérêts que d’un petit nombre de privilégiés, il a laissé les inégalités se creuser, triplé les déficits, doublé la dette publique, déséquilibré les comptes extérieurs ; le chômage atteint son niveau record depuis dix ans, le pouvoir d’achat est en berne. Et le voilà qui nous donne des leçons, qui nous dit qu’il est le plus solide dans la crise. Il faut être solide pour défendre un bilan pareil. Il faut avoir, non pas du courage, mais de la témérité pour prétendre qu’en n'ayant rien réglé dans un premier quinquennat, il serait possible d’en solliciter un second. Et il nous ferait croire que dans cette période où la crise serait autour de nous, il ne faudrait pas changer de capitaine même s’il est mauvais. Nous allons changer, et le capitaine, et le bateau, et tous les marins qui vont avec.
 
Mais cette crise financière, économique, européenne, française soulève aussi une crise du sens que beaucoup de nos concitoyens nous expriment. Qui dirige le monde ? Dans quel but ? Quelles empreintes allons-nous laisser sur la planète et dans l’histoire de l’humanité ? Qu’allons-nous transmettre à nos enfants ? Ces questions nous les avons en permanence à l’esprit. Certains d’ailleurs voudraient qu’elles soient de la crainte, de l’angoisse, de la peur qui poussent au vote extrême et conservateur. C’est leur jeu. Je crois au contraire que cette quête de sens, de responsabilité, de
devoir est une occasion exceptionnelle, sans rien méconnaître des difficultés qui nous entourent, pour nous rassembler, nous mobiliser, nous organiser ; pour redonner un destin commun, pour retrouver une espérance, pour dire que demain sera plus beau qu’hier et nous donner la force de bâtir cette nation dont nous sommes les héritiers.
 
Pour cela, il faudra dire la vérité. Il y a eu tellement de mensonges, d’improvisations, d’erreurs. Nous les payons comptant et je ne ferai pas preuve de cynisme à prononcer des discours, des promesses qui ne tiendraient aucun compte de ces réalités et qui nous seraient rappelées douloureusement le lendemain de la victoire. On a connu des bonimenteurs, un surtout qui a fini par se renier, des volontaristes qui ont cédé à l’impuissance, des idéologues qui ont fini en girouette. J’ai fait le choix dans cette élection de m’adresser à la raison de chacun. De mettre comme le disait Marc Bloch " le peuple dans la confidence ".
 
Et puisque j’évoque les grands noms de l’Histoire, je fais mienne cette maxime de Clemenceau : " Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire et quand on le dit il faut avoir le courage de le faire ". »