Universités d'été: croissance durable, croissance partagée Retrouvez le discours de François Hollande à la séance plénière des universités d'été de La Rochelle.

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« On ne peut pas transiger avec la croissance, je ne crois pas à la décroissance. Lorsque le PIB décroît, les conséquences sociales sont extrêmement négatives, chômage, déficit, dette. La décroissance, c’est un facteur de crise sociale. »

Pierre Moscovici a ouvert ainsi la table ronde en séance plénière consacrée au thème « croissance durable, croissance partagée » ce samedi 27 aout 2011. Ce refus de la décroissance a d’ailleurs fait consensus entre les hommes politiques et économistes intervenants.

« Je ne réduis pas l’écologie à la décroissance et je salue ici les représentants du mouvement écologique, car il y a chez eux débat. Et l’on peut intégrer la contrainte environnementale comme une chance. » a précisé François Hollande.

Le consensus a également été trouvé pour une politique orientée fermement vers la relance.

« Guérir pour mourir n’est pas notre objectif » a tonné l’économiste Valérie Rabault, auteure avec Karine Berger de l’ouvrage Les 30 glorieuses sont devant nous (cf Les Echos du 8 mars 2011). « Une entreprise qui se lancerait dans de vastes réductions de coûts sans avoir un seul projet porteur de croissance, se condamne évidemment à mourir. » explique-t-elle.

Et d’avancer une solution, le « Business Plan France Européenne 2040 », proposant un investissement de 90 milliards d’euros sur 3 ans, priorisé sur l’éducation, les transports, l’énergie, la santé et les réseaux numériques, propre, selon son analyse, à replacer le pays sur une forte trajectoire de croissance. D’une manière générale, tous les intervenants proposent de retrouver un Etat capable de mener une politique industrielle. Valérie Rabault cite ainsi Francois Mitterand dans sa Lettre à tous les français d’avril 1988: « Le public et le privé ne peuvent être dissociés car l'économie française est mixte par nature. L'accès à la compétitivité internationale serait le plus souvent interdit aux entreprises sans la promotion des technologies avancées que l'on doit à l'Etat. (…) Ne prenons pas de retard sur le siècle. »

« En cette période de contraintes budgétaire, l’Etat doit prioriser très finement. Cela requiert un fin stratège, et non pas un piètre tacticien » prévient François Hollande.

Et les investissements dans la croissance verte sont présentés comme un vrai levier de croissance potentielle, voir même d’union entre les pays. Selon Guillaume Duval, Rédacteur en Chef d’Alternatives Economiques analyse « La conversion écologique peut et doit être une voie de sortie de la crise Européenne. C’est un des seuls terrains sur lequel l’opinion publique, en particulier allemande, peut accepter qu’on s’endette pour effectuer la conversion de nos économies. » Et de rappeler l’urgence de la situation : « La conversion écologique de nos économies est indispensable, c’est une question de vie ou de mort pour le monde entier dans son ensemble, et notre pays en particulier. »

« On nous présente le développement durable comme utopique car contraire aux intérêts des acteurs », avance Jean-Paul Fitoussi, économiste et Directeur de Recherche à l’OFCE « mais en réalité le sentiment que nos enfants auront une vie moins bonne que la nôtre nous empêche de jouir du temps présent, d’où le doute qui saisit notre société toute entière. Voilà pourquoi des efforts vers une croissance plus durable sont intrinsèquement désirés et possibles ». « Ces réformes appellent un volet nécessaire de fiscalité environnementale » a précisé François Hollande, « car sinon classes populaires verront avec méfiance une écologie qui leur coute cher»

« Et si nous commentions chaque année autant que les indicateurs économiques les indicateurs de développement social, les indicateurs de prélèvement sur les ressources naturelles, sur les inégalités, sur le bien-être, la vie au travail, les conditions sanitaires ? » demande François Hollande.

Le candidat aux primaires socialistes a proposé 6 leviers pour relever la croissance, souhaitée durable et partagée:
1) L’investissement : « La France a un taux d’épargne élevé mais pas utilisé là où il faut : PMEs, industries, logement social. Nous avons besoin de reconstituer base productive. »
2) L’éducation : « C’est une faute lourde de Nicolas Sarkozy d’avoir privé l’éducation de moyens humains et financiers pendant son mandat. C’est une faute pas seulement dans la lutte contre l’échec scolaire. Nous devons répondre à la question : comment la génération qui vient peut-elle être la mieux formée de l’Europe et du monde? Nous investirons donc, de la petite enfance l’université, en posant toujours la question des débouchés professionnels.
3) La Fiscalité : « Cette première réforme du quinquennat dira quelle sera l’orientation suivie par le Président de la République. Il ne s’agira pas de contraintes pour empêcher, mais de leviers pour faire mieux et davantage »
4) La diversification des sources d’énergie : « à l’horizon 2025, nous devrons passer de 75% à 50% d’électricité d’origine nucléaire. C’est la même réduction que le choix historique fait par les Allemands, qui prévoient de passer de 22% à 2% sur la même période. ».
5) Les territoires : « Nous devons faire confiance aux territoires, qui d’autre mieux qu’eux peuvent tisser les liens entre les entreprises, les universités, la recherche, et les fonds publics ? »
6) La démocratie : « La Démocratie est plus intelligente que les marchés. C’est la différence entre les « instincts animaux » et cette capacité collective à choisir ce qu’est l’intérêt général. Si la politique ne considère pas que le temps est finalement sa matière première et fixe les priorités alors on renonce à la Démocratie. »

Et François Hollande de conclure la table ronde sous les ovations par :

« Merci de croire à ce projet, de partager ce rêve, d’avoir confiance dans cet idéal, Pour 2012, et surtout pour après.»